Bla cinéma

Le cinéma algérien, une altérité de la bordure I

Qu’est-ce qui singularise le cinéma algérien contemporain des cinémas dits d’Afrique du Nord ? Qu’est-ce qui fait que, dès les premiers plans, nous pouvons sentir que nous sommes face à une cinématographique unique, fiévreuse et innovante ?

C’est le geste. Il y a comme une absolue nécessité de filmer, comme si le fait même de créer un plan relevait d’un acte fondateur. Fondateur de soi comme d’autrui. Cette altérité de soi, puissamment convoquée, est toujours, peu ou prou, prise dans les rets de son histoire, comme de son aspiration à déborder ce qui la constitue. C’est dans cette césure de l’histoire, dans cette bordure du soi que se déplie, comme se déploie, toute la puissance d’incarnation portée par la nouvelle génération de réalisatrices et réalisateurs algériens. Filmer le sentiment comme un paysage, filmer une rue comme un visage, filmer un horizon comme un secret, filmer le réel comme une poétique du sens. Tel est ce cinéma algérien contemporain, un cinéma qui ne peut pas ne pas se frotter à la forme pour réinsuffler un social pesant, un cinéma réjouissant pour l’œil comme pour l’ouïe, qui rejoint parfois sans le savoir l’ontologie du cinéma muet, à la fois photogénique et érogène, document et trace, émerveillement du quotidien comme sublimation du réel.

Al Djazira, Amin Sidi Boumediene

Pas un film algérien sans questionnement du point de vue ; d’où le voit-il ce monde et comment il le restitue. Ce qui est frappant, c’est de constater combien les cinéastes algériens, depuis la fin de la « décennie noire », retrouvent les gestes que d’autres illustres avant eux ont aussi saisi, des cinéastes qui comme eux ont connu la destruction comme la désespérance, des cinéastes qui eux aussi étaient comme écrasés par ce pays qui les voyaient naître en cinéma, que ce soit les cinéastes italiens d’après-guerre, Roberto Rossellini surtout, ou Oshima et Imamura, avec au cœur John Ford pour tout ce qui relève du paysage inquiété comme de la communauté.

Que ce soit Tariq Teguia (Révolution Zendj, Inland, Rome plutôt que vous) Malek Bensmail (La Chine est encore loin, Aliénations, entre autres), Lamine Ammar Khodja (Bla Cinéma, Demande à ton ombre) , Amal Kateb (On ne mourra pas) Amin Sidi Boumediene ( Demain, Alger, L’île) Hassan Ferhani (Afrik Hotel, Dans ma tête un rond-point), Yanis Koussim (Khouya, Un été à Alger) Nassima Guessoum (10949 femmes), Narimane Mari ( Loubia Hamra ) Karim Moussaoui (Les jour d’avant), Sofia Djama (Mollement, un samedi matin), Omar Belkacemi (El Moudja – La Vague) Nazim Djemai (La parade de Taos, A peine ombre), Mohamed Ouzinne (Samir dans la poussière), Damien Ounouri (Fidaï, Kindil) Bahia Bencheikh ( H’na Barra Nous, dehors) Dania Reymond (Jardin d’essai), Djemal Kerkar (Al Atlal).

Atlal, Djamel Kerkar

Le geste est documentaire, et quel que soit le genre du film, il s’enlace autant dans la langue (plurielle en Algérie !) que dans le territoire. Chaque personnage de ces multiples récits est constamment entre l’infini de ses désirs et la clôture du monde social dans lequel il est englué. Il est frappant de constater aussi combien ce geste est noué à une poétique du regard, combien le spectateur est invité à opérer en lui un voyage esthétique, alors même que ce qui lui est raconté est souvent une visibilité de son réel. Lorsque Hassan Ferhani filme les jeunes d’un abattoir de moutons à Alger, lorsque Sofia Djema suit les émois pathétiques d’une jeunesse aux abois, ou quand Nazim Djemaï accompagne un couple dans le secret de leurs désirs, nous sommes de plein pied témoins de leurs observations, empathiques et lucides, mais aussi de leurs poétiques où leurs arts se révèlent tout entier, dans une proposition d’un regard infini, sensible.

Après le geste, il y a le temps. Le temps de l’histoire, celui qui assigne comme il assomme. Chez cette nouvelle génération de cinéastes, il s’agit d’un temps re-contextualisé, un temps inquiété mais aussi aimé. En effet, aucun film algérien ne semble échapper au réel, à son inquiétude comme à sa passion, à son étourdissement comme à son accablement. Le réel tremble toujours chez eux, c’est ce qui insuffle leur engagement à filmer, et ce depuis les premiers temps, comme si déjà, de par l’Histoire, toutes les histoires, ils n’auront cesse d’y revenir. Ce n’est plus le monumental de l’Histoire, ce n’est plus non plus l’allégeance à un récit national, c’est un cinéma bien plus incorporé et sensible, à fleur de peau de ses personnages et qui semblent toujours un peu trouer la toile pour nous regarder, dans un face à face saisissant.

La parade de Taos, Nazim Djemaï

Etre un cinéaste algérien aujourd’hui relève d’un paradoxe entier. Alors qu’ils sont sélectionnés et primés dans des festivals internationaux réputés, et pour certains dans plus de soixante ( pour n’en citer que quelques-uns, le FID de Marseille, le Cinemed à Montpellier, Clermont-Fernand, Viennale en Autriche, le festival de Cannes, la Berlinade à Berlin, la Mostra de Venise en Italie, Locarno en Suisse, mais aussi au Fespaco au Burkina Fasso, ,en Asie, au Canada, à New York,) alors qu’ils sont tout autant repérés par la presse, programmés et honorés par les institutions d’art contemporain ( du MOMA à New York au Centre Georges Pompidou de Paris, outres les galeries qui n’hésitent pas à exposer leurs œuvres visuelles) ils demeurent dans une relative pauvreté à l’intérieur même de leurs pays. Pauvreté économique et industrielle plus que certaine, mais plus encore dans une relative invisibilité quant à leur exceptionnelle originalité. Contrairement au Maroc ou à la Tunisie dans une certaine mesure, l’Algérie est encore déficiente en ce qui concerne l’exploitation et la circulation des œuvres, il n’y a aucune école de cinéma, et seuls quelques festivals, et plus particulièrement les Rencontres Cinématographiques de Bejaia, proposent à leurs publics un panorama de la création récente, tant algérienne qu’internationale. Il est tout de même désolant de constater que le plus grand pays d’Afrique compte seulement une salle de cinéma pour 1,7 millions d’habitants dans un pays de 39 millions de citoyens. Sur les 400 salles existantes, 95%e sont toujours fermées, la majorité dans un état de délabrement avancé. Par comparaison, même si ces deux pays frontaliers connaissent aussi une crise industrielle de la distribution, la Tunisie (une salle pour 665 000 habitants) et le Maroc (une salle pour 775 000 habitants) sont bien mieux lotis. Ce qui signifie très concrètement qu’en dehors des festivals existants (Bejaia, Oran, Alger, Annaba) et de l’implication des instituts français, les films restent pour la majorité encore très largement invisibles du public algérien.

Or ces cinéastes œuvrent dans des conditions assez difficiles. Car ce qui distingue principalement les cinéastes algériens aujourd’hui de leurs prédécesseurs, c’est justement les conditions de fabrication. Il est bon de rappeler ici que le cinéma algérien nationaliste et nationalisé a bénéficié, durant de longues décennies, d’une implication budgétaire imposante de la part de l’état, pour des réalisateurs qui pour certains ( pas tous fort heureusement !) racontaient à l’envie, parfois jusqu’à l’indigestion, sa glorieuse histoire nationale et ce jusque dans les années 2000… De cette époque, Il demeure des cinéastes importants, de Mohamed Bouamari à Farouk Beloufa, Renée Vautier à Assia Djebar, Mohamed Zinet à Brahim Tsaki, sans oublier Mohamed Lakdhar Amina, Mohamed Chouik ou Merzak Allouache.

Produire et réaliser un film en Algérie relève donc encore d’un acte de résistance au sens premier, économique et artistique.  Résistance face à un état encore absent et qui lorsqu’il est présent le fait avec une degrés obscur et pénible d’ingérence voire de blocage, résistance face à une quasi inexistence de la chaîne industrielle de production – la co-production internationale devenant une nécessité primordiale pour que le film aboutisse, et enfin résistance face à l’invisibilité. Comment comprendre la permanence encore en 2016 de cette situation ubuesque alors même que le cinéma algérien attire de plus en plus l’attention des professionnels du monde entier ?

Kindil el Bahr, Damien Ounouri

Il y a le phénomène du téléchargement des films par Internet qui peut expliquer, en partie seulement, la raréfaction du public dans les quelques salles en activité, les films sont vus illégalement des mois avant leurs sorties en salle. Mais surtout, la responsabilité revient en grande partie à l’état qui contrôle les aides, privilégie encore un scénario national ou régionaliste, où le pire peut côtoyer le risible du côté des productions, ignorant ou feignant d’oublier la vitalité des jeunes cinéastes – le cas le plus frappant étant le moyen métrage Kindil de Damien Ounouri co-écrit avec l’actrice et scénariste Adila Bendimarad, seul film algérien présenté à la Quinzaine des Réalisateur à Cannes en mai 2016 et qui n’a pas reçu à ce jour le soutien financier qui lui était promis…

Face à cette absence de politique culturelle, les Rencontres Cinématographiques de Bejaia (RCB) créent des rencontres professionnelles depuis plus de 14 ans, avec une attention particulière dans le soutien à la création. Elle se traduit depuis deux ans par la création d’un laboratoire le  Bejaia Film Laboratoire, coordonné par Amine Hatou un forum international de coproduction pour les cinéastes du Maroc, d’Algérie, de Tunisie. Il s’agit pour les RCB très concrètement de participer à l’industrialisation du secteur par la création de deux soutiens : une aide à l’écriture et une aide à la post-production les talents d’aujourd’hui. Ces aides –  « Les Ateliers Sauvages Hafid Tamzali pour l’aide à l’écriture, le prix  « Mouny Berrah » pour l’aide à la finition, sont dotés, capital pour l’économie de ces projets. En outre, les cinéastes sont  aussi accueillis en résidence, étape fondamentale pour la création. Pour cette année 2016, plus de cinquante projets ont concourus, huit ont été retenus et accueillis afin de soutenir leurs projets et quatre cinéastes ont été primés. C’est un début, c’est aussi un défi afin qu’enfin les cinéastes qui, dans leur solitude, créent des œuvres remarquables, puissent continuer et développer leur art au sein de leur pays, et ce dans une perspective algérienne, africaine, et internationale. A nous spectateurs d’être toujours présents pour cette créativité qui nous rassemble autant qu’elle nous fonde.

Dans ma tête un rond point, Hassen Ferhani

Paris, décembre 2016

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THEEB, UN RÉCIT DE NOTRE TEMPS ENTRETIEN AVEC ZIAD MAJED POLITOLOGUE

Alors que le film est sorti en DVD cet été 2017, l’occasion pour nous de comprendre tous les enjeux de ce film important pour comprendre ce qui se joue au Moyen Orient. Entretien avec le politologue Ziad Majed qui donne des clés de compréhension.

En tant que spectateur, pourriez-vous nous donner votre première impression du film ?

J’ai trouvé le film très sincère, avec une réelle beauté esthétique. C’est un univers réduit, très masculin, nous sommes dans le patriarcat d’une société nomade et bédouine. Les acteurs, à travers leurs personnages, font preuve de spontanéité. En même temps le film soulève beaucoup de questions, il a une part ambiguïté très intéressante. Le réalisateur a vraiment réalisé un film remarquable. Il se présente de manière simple alors qu’il est très complexe et riche d’intrigues. Si on ne connait pas l’histoire de cette période précise, à partir des années 1915 – 1916, époque qui a retracé le Moyen Orient, avec l’émergence de nouvelles entités politiques et des puissances coloniales, le film tout de même propose une fin certaine. Fin d’un monde, fin d’une époque. Notamment par le sable qui accompagne les hommes dans leurs voyages, mais aussi dans leurs morts et leurs renaissances. On peut sentir tout ça dans le film. En outre, le film a une puissance esthétique absolument impressionnante.

Peut-on considérer ce film comme regard politique sur une période clés, point de vue du cinéaste qui peut nous éclairer sur notre époque actuelle ? Où raconter le passé c’est aussi raconter l’histoire contemporaine…

Je ne sais pas si on peut qualifier ce film de politique, mais il y a certainement du politique et de l’histoire dans le film. Le cinéaste essaye de montrer un récit alternatif, et c’est en cela très intéressant, car d’habitude l’histoire que l’on connait est celle des grands évènements, une histoire imposée par ceux qui font l’histoire, les vainqueurs. Ce n’est pas l’histoire des vaincus ni ceux qui subissent les conséquences de ces bouleversements. Avec Theeb, à partir de quelques êtres humains qui vivent dans cette région-là, le cinéaste a tenté d’exprimer qu’il y a eu des vies brisées, des personnages avec des parcours très différents. C’est un moment fondateur dans l’histoire du Moyen Orient contemporain. Le récit se situe dans une zone entre la Jordanie et ce qui sera plus tard l’Arabie saoudite. Cette zone est importante, car c’est tout à la fois un désert, un espace historique de commerce, le chemin vers la Mecque pour le pèlerinage, et aussi là où finit le désert et là où commence la région que l’on a appelé le croissant fertile : Irak, Syrie, Liban, Palestine. C’est un territoire nourri de symboles et qui a connu énormément événements politiques. C’est exactement là où les Britanniques vont rencontrer les forces hachémites arabes qui se soulevaient contre l’empire ottoman. En 1915, des correspondances ont lieu entre le gouverneur britannique Mach Mahon et le chérif Hussein[1], gouverneur de la famille hachémite et de la Mecque. Les Britanniques avaient promis de soutenir le soulèvement Arabe contre les Ottomans, avec la promesse que le chérif Hussein devienne le roi des Arabes. L’empire ottoman dominait toujours les provinces arabes de la Transjordanie, le Hijaz, la Palestine, le Liban, la Syrie et l’Irak, pays qui devaient devenir un royaume et une entité politique arabe. Sauf qu’il y a eu des promesses manquées et des trahisons, car au même moment, les Britanniques concluaient d’autres accords avec la France, les fameux accords Sykes Picot[2].

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Ils souhaitaient se répartir le contrôle de ces territoires, c’est une hégémonie coloniale. Les Britanniques, bien plus que les Français, dirigeaient l’effort militaire et la diplomatie. Ils avaient décidé que la Jordanie, la Palestine, le sud de l’Irak et la Jordanie allaient être sous leur contrôle, tandis que le nord de l’Irak, le Liban et la Syrie, avec quelques territoires turcs, seraient sous le contrôle des français. Ces accords, signés en mai 1916, vont légitimer ces mandats respectifs. Un an plus tard, en 1917 aura lieu la déclaration de Balfour, en totale contradiction avec les accords Sykes et Picot. En effet, ce traité de Balfour promettait au mouvement sioniste, un mouvement nationaliste juif, une nation en Palestine[3]. Nous sommes en pleine guerre mondiale et les Britanniques pensaient que le mouvement national juif avait une grande influence à Washington, afin de les convaincre de s’engager militairement dans la guerre mondiale auprès des alliés en Europe. Surtout après la sortie de la Russie qui connaîtra en octobre 1917 sa révolution bolchévique, suite à laquelle Lénine va retirer son pays de cette guerre. Ce qui libère les Allemands et leurs alliés sur le front Est, scénario cauchemardesque pour les Britanniques. Les Juifs européens, victimes d’antisémitisme, étaient donc soutenus financièrement et encouragés à aller s’installer en Palestine, cela va aboutir au grand conflit israélo-palestinien que nous connaissons toujours. Cette phase historique, le film ne prétend pas l’aborder ou la couvrir, mais le film se situe à ce moment précis de l’histoire. Un moment où l’empire ottoman est en déclin, un empire qui a régné sur cette région pendant quatre siècles, avec aussi l’émergence des puissances coloniales, déjà présentes en Afrique du Nord, notamment en Algérie depuis 1830, puis en 1881 la France envahit le Maroc et la Tunisie, alors que les Britanniques sont en Egypte dès 1882, avec l’importance fondamentale du canal de Suez. Rappelons ici que le contrôle du canal de Suez permet à la Grande Bretagne la mainmise sur le commerce maritime et lui offre une voie stratégique entre l’Atlantique et l’océan Indien, à travers la mer Méditerranée, puis la mer Rouge menant vers l’Inde, la plus importante des colonies britanniques. Tout ce qui était autour de ce canal est un enjeu essentiel, avec juste en face la Jordanie et la péninsule arabe. La révolte arabe a commencé à partir du Hijaz, en 1916, avec les forces du chérif Hussein qui se dirigeait vers le nord, à travers la Jordanie. La présence de l’officier anglais comme le soldat ottoman, dans sa caserne, témoignent de ce contexte.  Caserne qui se trouve non loin de la voie de chemin de fer.

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C’est un bouleversement cette ligne tracée dans le désert, pour les Arabes mais surtout pour les Bédouins

La révolte arabe avait essayé de briser toutes les lignes, afin d’empêcher le ravitaillement des casernes ottomanes. Le train pour les ottomans fut une révolution économique et industrielle très importante. Cela permet la circulation des marchandises, des biens et des hommes, mais aussi le contrôle et l’administration des territoires, surtout face à l’appétit des européens qui voulaient pénétrer ces territoires. Rappelons-nous des campagnes de Napoléon en territoire ottoman en Egypte en 1798. La mise en place des chemins de fer a forcément changé la donne pour des sociétés bédouines et les populations rurales qui ont vu leurs terres confisquées pour la fabrication des voies de chemins fer. Cette révolution a permis une meilleure cohésion dans l’empire Ottoman, ce ne sont pas seulement des biens qui circulaient mais aussi des idées, notamment avec la circulation des journaux. Il était donc important pour les Britanniques d’aider la révolte arabe à couper ces voies. Il est à noter aussi que le train est le voyage du temps, c’est une nouvelle ère qui commence. En effet, très peu de temps après, il s’agira d’exporter le pétrole, les Britanniques vont construire encore plus de chemins de fer et des pipelines, pour acheminer le pétrole irakien à travers la Jordanie, vers Haïfa en Palestine, et donc ensuite à travers la mer Méditerranée. Raison pour laquelle, lors des accords Sykes et Picot, ils ont insisté pour avoir cette partie du Levant, ils savaient, bien plus que les Français, que cette région avaient des réserves importantes de pétrole. En cela, la Jordanie est vraiment un chemin qui croise tous ces parcours et ces enjeux. C’est un espace désertique, où les nomades vivent et bougent, dans un instinct de survie et de connaissances très grand. L’hospitalité est une valeur fondamentale, même celle de se sacrifier pour défendre quelqu’un qui demande la protection et le refuge. On le voit très bien dans le film, même si celui qui arrive est un Britannique. Pour la première fois, ils se retrouvent face à quelqu’un qui vient de l’autre monde, l’Europe, ils savaient l’existence de ce monde.

Comment définirez-vous ce monde des bédouins ?

C’est un espace très masculin, sans les femmes. C’est une réalité, notamment s’agissant d’accueillir des étrangers qui demandent la protection, un renseignement ou une aide au sein de cette tribu. L’honneur de cette tribu est représenté par la femme, par son corps ou sa présence. Elle n’est pas présente dans cette espace social, elle est mise de côté. Ce sont d’ailleurs des hommes qui vont accompagner et protéger le Britannique. D’où d’ailleurs la présence, parmi les jeunes bédouins, d’armes qui ne doivent être utilisées que dans des cas très précis, avec un code d’honneur dans l’initiation comme dans la pratique. C’est bien exclusivement masculin. La relation entre Theeb et son grand frère est très touchante, c’est l’idée du Grand frère, tendre et protecteur, jusqu’au sacrifice. Un homme courageux qui prend soin d’un orphelin, comme une mère qui donne sa vie pour celle de son enfant. Il y a aussi une énigme avec les « bédouins bandits ». C’est un point fort du film. Ils attaquaient Theeb et son frère pour les voler ou pour l’Anglais ? Ont-ils prémédité le meurtre de l’anglais ? Est-ce qu’ils ont aussi jeté dans le puits les compagnons avec qui l’Anglais avait rendez-vous ? Est-ce un mercenaire engagé ou apolitique ?

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Est-ce que Theeb est une figure archétypale ? Celui de l’orphelin mais aussi d’une jeunesse traumatisée qui nous renvoie à notre présent ?

Je pense qu’il n’y a pas de réponses précises car c’est un champ ouvert à plusieurs interprétations. Vous avez raison de revenir sur la figure de l’orphelin. C’est un trait universel, l’orphelin fonctionne comme un révélateur. Dans la culture arabo-musulmane elle renvoie à Mahomet, élevé par son oncle, tout comme Theeb le jeune garçon dont on ne voit ni la mère ni le père. Il est élevé dans un groupe, auprès de son grand frère. Avec le Bédouin qui a tué son frère, Theeb va nouer une relation très spéciale. L’enfant avait la possibilité de le tuer, car dès qu’il l’a rencontré, le bédouin était gisant, or l’enfant ne l’a pas fait. Cela a créé un début de relation, un contrat, peut-être inconscient, entre eux deux. De même, le Bédouin pouvait tuer l’enfant lorsqu’il a réussi à lui arracher le pistolet. Or, ce ne fut pas le cas. Ils avaient besoin l’un de l’autre pour survivre et continuer leur voyage. Une tension émotionnelle importante est née, entre un adulte qui regarde un enfant qui dépend de lui. Pense-t-il à l’adopter ? A l’emmener avec lui plus tard ? A s’en débarrasser ? Du côté de l’enfant, cette même source de menace, celui qui a tué son frère, est aussi celui qui le protège, l’accompagne et le réconforte. Une figure paternelle détestée et haïe, mais en même temps avec le besoin de l’avoir près de lui. Avec pour Theeb une grande colère interne. A la caserne ottomane, le contrat se rompt, il peut faire acte de vengeance et rendre justice à son frère assassiné. Il tue l’adulte et il n’hésite pas. La mort est présente dès les premiers moments entre eux.

Ce qui déclenche son acte, c’est d’entendre le Bédouin se présenter comme son père face à l’officier ottoman…

C’est révoltant pour Theeb. Il ne peut pas l’accepter comme ça, c’est comme un viol. Car celui qui a tué le frère se prétend maintenant être son père. Mais il y a eu, par la force des choses, un moment de complicité entre eux, durant leur voyage, qui pouvait ressembler à une relation paternelle.

Tuer ce Bédouin, figure paternelle bancale, n’est pas anodin pour Theeb, c’est déchirant pour tout enfant. Qu’est-ce que l’on peut envisager par la suite pour Theeb ?

A la fin de son récit, le cinéaste nous laisse dans un drame intime. C’est à chacun de nous d’imaginer une suite pour le héros. A partir de cet acte, tuer le bédouin, l’enfant perd son enfance. Il devient adulte dans le contexte où il vit. C’est un moment extrêmement tragique pour lui, en tuant il s’est ouvert tout un axe de possibilités. A-t-il pu finir son voyage de retour ? En vengeant son frère, Theeb a comme le sentiment d’avoir accompli sa mission, mais c’est aussi une déchirure. Car il a tout de même commis un acte meurtrier. Il a tué quelqu’un qui l’a aussi sauvé, il est très certainement bouleversé. Avoir tué le meurtrier de son frère ne va pas combler le manque de l’être aimé. Il est désormais tout seul, il aura à affronter la nature, la vie, sans adulte à ses côtés. Il a plusieurs chemins inconnus, tous effrayants, devant lui. Est-ce que cela signifie aussi que, comme cet enfant Theeb, toute la région, à cette époque historique de 1916, va rentrer dans une phase aux paramètres inconnus ? Comme cet enfant, la région était confrontée à de multiples inconnus en même temps : la division  des territoires, la possible création d’un nouvel état, Israël, la création de lignes ferroviaires dans le désert, la construction de nouveaux états et de nouvelles identités, les colonisations britanniques et françaises. Il y a tout ça et toutes les peurs que cela suscite, de ne pas savoir faire face à ces inconnus. Je pense qu’il y a eu un déchirement durant ces moments fondateurs de l’histoire contemporaine du Moyen Orient qui ressemble à tous ces déchirures que Theeb a connu. Pour d’autres Bédouins et Arabes, tuer l’Empire ottoman était une trahison, c’est l’empire auquel ils « devaient appartenir » et non pas à l’empire britanniques français. Collaborer avec eux contre les Ottomans est un acte de trahison, c’est tuer le père, incarné par le califat, le sultan ottoman protecteur de cette région. Cherif Hussein, qui a lancé cette attaque avec les britanniques contre les ottomans, avait cette légitimité auprès d’une partie des Arabes comme des Bédouins, mais pas tous. L’empire Ottoman était musulman, ce qui n’est pas le cas des empires occidentaux. C’était encore une autorité paternelle, protectrice de l’Islam. C’est une véritable déchirure dans tous les sens.

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Le Bédouin est une figure presque pathétique, tout à la fois violente et majestueuse, comme un vestige d’un monde en débris, cerné par les trahisons et les guerres. Un bédouin toujours méprisé aussi…

Dans l’histoire, il y a souvent eu un mépris envers les nomades.

Pourtant Mahomet était un nomade, un errant…

Dans toute les traditions, les prophètes sont des errants. Pour Mohamed, devenir prophète supposait qu’il devait errer. Dans le cas de la société arabe de Mohamed il n’était pas considéré comme un nomade, il était déjà sédentarisé à Mecca (La Mecque) la plus grande ville d’Arabie, d’un point de vue culturel et commercial. Dans le Coran, les bédouins sont ceux à qui on ne doit pas tout à fait faire confiance. Dans leur mode de vie, et dans tout ce qu’ils développent pour survivre pour aller d’un lieu à l’autre, on craint toujours qu’ils vont prendre avec eux quelque chose. Dans la tradition, les Bédouins sont à la fois les meilleurs et les plus fidèles hôtes, et ils sont ceux hors de leur espace (souvent temporaire) à qui on ne doit pas toujours faire confiance. Ce sont des personnes qui vivent dans une économie de survie, se déplaçant d’un lieu à l’autre.  Il y a un imaginaire très puissant et horrible qui perdure au sujet des Bédouins, encore aujourd’hui, car même la chanteuse libanaise Fairous mettait en garde contre ces bédouins, voleurs d’enfants. On fait de même hélas avec les gens du voyage. La force des images et des stéréotypes, racistes par essence, peuvent se cristalliser. Dans le cas arabe, c’est une histoire de la partie désertique du monde arabe, qui a lieu il y a très longtemps. Ces bédouins sont des gens de passage dont les valeurs ne correspondent pas avec les gens des villes ou des campagnes. Ils ne cultivent pas la terre, ce sont le plus souvent des bergers, en permanence en mouvement, ils sont très difficilement contrôlables et régulés par les états. La notion de propriété est totalement différente, d’où les justifications trouvés pour les accuser de vol. Et leur code d’honneur est très fort, Theeb le loup est celui que l’on donne aux bédouins. Ils sont comparés au loup car comme eux ils ont l’instinct de survie, très malins, fidèles et ils vivent en communauté, avec un instinct puissant de protection. Or il apparait toujours comme une menace. On utilise dans nos sociétés actuelles, dans le domaine de l’économie, le terme de loup pour désigner un homme d’affaires qui s’est enrichi de manière illégale. Par exemple, en Syrie pour la famille Assads c’est ainsi qu’ils sont désignés. Ce sont des loups qui savent comment profiter d’une opportunité qui se présente, ils sont capables de tout faire pour réussir. Le monde bédouin est vu soit comme un espace romantique ou un espace stigmatisé. On dit aussi qu’il y a les arabes et les bédouins arabes, ceux qui comme les arabes se sont nourris et enrichis des diverses vagues de civilisations (des mésopotamiens aux phéniciens) et puis eux les bédouins qui sont restés tel quels.  C’est un discours essentialiste er raciste ; et la Jordanie est au cœur de ces deux mondes, car encore à l’heure actuelle c’est un pays bédouin pour une moitié. C’est les promesses et les trahisons.

 Le film : 1916, au loin la guerre fait rage, mais les échos n’en atteignent pas cette partie du monde, la province ottomane de Hijaz. Leur père mort, Hussein a pris en charge l’éducation de son petit frère Theeb à qui il apprend à survivre dans cette contrée ingrate. Une nuit, surgissent un officier britannique et son guide bédouin. Ils sont à la recherche d’un vieux puits abandonné. Hussein est désigné par les anciens pour les mener à destination. Theeb est fasciné par cet homme blond en uniforme et décide de les suivre. Repéré la première nuit, il intègrera la petite troupe car le Britannique et le Bédouin refusent qu’Hussein le ramène au campement pour ne pas perdre de temps. Les craintes d’Hussein se révèlent pourtant fondées, ces contrées désertiques sont des repères de brigands que le petit groupe ne va pas tarder à rencontrer. Et ce sera une lutte sans merci dont Theeb sera le seul à sortir à indemne. Comment va-t-il alors pouvoir retrouver une zone plus hospitalière?

Theeb (en arabe : ذيب) est un film dramatique jordanien coécrit et réalisé par Naji Abu Nowar, sorti en 2016 en France. Le film a été présenté dans la section Orizzonti de la Mostra de Venise 2014 et Naji Abu Nowar y a reçu le prix de la meilleure réalisationLe film est sélectionné comme entrée jordanienne pour l’Oscar du meilleur film en langue étrangère à la 88e cérémonie des Oscars qui a eu en 2016.

Bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=7wNs8VW-HVg

Ziad Majed

Ziad-Majed-e1472543007470-1024x350 (1) est chercheur et politologue libanais, professeur des études du Moyen-Orient à l’Université américaine de Paris et coordinateur du Réseau arabe pour la démocratie. Il est l’auteur de plusieurs études sur les réformes et transitions politiques au Liban et dans le monde arabe. Il a publié « Syrie, la révolution orpheline » chez Actes Sud, en avril 2014.

Blog : http://vendredis-arabes.blogspot.fr/

https://www.aup.edu/profile/zmajed

[1] Le chérif Hussein de La Mecque est descendant du prophète Mahomet et gardien des lieux saints de La Mecque et de Médine, charge attribuée depuis huit siècles à sa famille. Il est le père de Fayçal, futur roi d’Irak, d’Abdallah, futur roi de Transjordanie et de Zeid.

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Hussein-et-la-famille-Hachemite.html

[2] En pleine guerre mondiale, le Britannique sir Mark Sykes et le Français François Georges-Picot négocient un accord qui prévoit le démantèlement de l’empire ottoman après la guerre et le partage du monde arabe entre les deux Alliés. Les Français se réservent le Liban, la Syrie et la région de Mossoul, au nord de la Mésopotamie ; les Britanniques le reste de la Mésopotamie (Irak) et la Transjordanie. La Palestine doit devenir zone internationale et le port d’Alexandrette (Syrie) acquérir le statut de port franc.

[3] Le 2 novembre 1917, dans une lettre adressée à Lord Rothschild, président de l’antenne anglaise du mouvement sioniste, le ministre des Affaires étrangères britannique Arthur Balfour fait savoir que son gouvernement s’engage à faciliter la formation d’un « Foyer national » juif en Palestine.

Mois du Film documentaire

COMMENT MONTRER DES FILMS DOCUMENTAIRES ?

Montrer des films documentaire et en débattre : peut-on tout dire ?

Cette table ronde est organisée par Images en bibliothèques à l’occasion des Ateliers du Mois du doc 2015, le 8 avril 2015 au Centre d’animation de la Place des fêtes.

Montrer un film documentaire c’est inviter au débat et à l’échange. Dans le contexte actuel, où la liberté d’expression est au cœur des discussions, il semble important de se demander s’il est vraiment possible de parler de tout ? Comment confronter un regard d’auteur à la diversité des points de vue des spectateurs ?
Comment animer un débat serein, ouvert et respectueux de tous ?

Modération : Frédéric Bas, enseignant et journaliste.

Intervenants :
– Agnès Defrance, Médiathèque Pierresvives à Montpellier ;
– Nadia Meflah, Festival Images de la Diversité et de l’Egalité à Paris ;
– Stéphanie Debaye, Espace 1789 à Saint-Ouen ;
– Laurence Conan, Documentaire sur grand écran.

 

Go Home

ENTRETIEN AVEC BENJAMIN STORA

Go Home de Jihane Chouaib est le récit de  Nada qui revient au Liban. Elle est devenue une étrangère dans son propre pays. Elle se réfugie dans sa maison de famille en ruines, hantée par son grand-père mystérieusement disparu pendant la guerre civile. Quelque chose est arrivé dans cette maison. Quelque chose de violent. Nada part à la recherche de la vérité. En chemin, c’est elle-même qu’elle pourrait découvrir. L’occasion de dialoguer avec l’historien Benjamin Stora sur les traumas de l’histoire liés à l’exil et au déracinement.

Quelle est la spécificité de l’immigration libanaise en France ? Elle semble bien distincte des autres, pour ne citer que l’exemple des Maghrébins de France…

Il y a une singularité spécifique et le film le montre très bien. Les libanais sont, à mon sens, à la fois des réfugiés et des immigrés. Ce ne sont pas des immigrés de type économique – tel que l’on connait avec les vagues d’immigrations Maghrébine, ou même d’une certaine immigration politique en rapport avec l’histoire coloniale. Là c’est bien plus compliqué, depuis les années 1950/60, ce sont des immigrations qui sont dans des rapports de guerre et de destruction. Ils fuient une situation d’apocalypse et de chaos. Ils sont poussés par l’histoire à quitter leur terre. Cela fabrique par conséquent des exilés au sens classique du terme, bien plus que des immigrés. Mais je dois ajouter que tout immigré est un exilé, car on ne quitte jamais sa terre volontairement, même si c’est par nécessité économique.
D’autre part l’image que j’en ai de l’immigration libanaise, c’est une élite intellectuelle et commerçante, au carrefour des langues et des cultures, dans un rapport profond et fécond avec le monde. Le Liban est un pays cosmopolite et on le voit bien dans le film, on parle plusieurs langues dans lesquelles les gens circulent. Cette mosaïque se retrouve aussi dans la diaspora libanaise, que l’on retrouve dans le monde entier, de l’Afrique Noire bien sûr en Amérique latine et aux Etait-Unis, en Europe et bien sûr en France. En outre, la France a une histoire coloniale avec le Liban à travers son mandat, lorsque le 28 avril 1920, elle est officiellement investie par la Société des Nations d’un « mandat pour la Syrie et le Liban ». La langue française est une langue d’affirmation culturelle et identitaire. Ce n’est pas le cas en Algérie, par exemple, c’est bien plus compliqué car ce n’était pas une langue désirée mais imposée. Dans le cas du Liban, voyager dans les langues c’est aussi une manière de créer un rapport au monde. Un rapport de passerelle et de circulation.

Comment expliquez-vous que ce soit Nada qui assume à elle seule la mémoire et la réparation, et non pas son père ou son frère ?

Dans les traditions méditerranéennes, ce sont les femmes les gardiennes de la mémoire. Elles la portent et la transmettent, pas seulement dans l’espace privé mais aussi bien dans l’espace public. Elles sont dans la persévérance mémorielle, c’est presque constitutif de l’identité féminine. A travers ce travail de mémoire et de transmission, il y a le désir aussi que la violence de ne répète pas, l’évitement d’une violence éternelle. Mais ce n’est pas que cela aussi, la transmission n’est pas unilatérale et simple, c’est bien plus complexe. Dans la dimension féminine de la mémoire il y a aussi l’entretien de la revanche. Il y a les deux aspects, éviter la répétition de la violence mais aussi ne pas l’oublier. Quand on dit ne pas oublier, il y aussi, malheureusement quelque part, l’idée de se venger, cela ne s’efface pas. C’est l’oubli impossible.

En quoi l’exil pour Nada relève d’un traumatisme, alors qu’elle a quitté le pays si jeune ?

L’exil est toujours un traumatisme. Le problème pour Nada, c’est qu’il se double de la peur. C’est la guerre et tout enfant est pris dans la peur que ses parents meurent, disparaissent à jamais. A l’exil classique – l’arrachement familial, la disparition des paysages, des odeurs, des points de repères familiers, à cela vient s’ajouter la question de la violence de la guerre elle-même. Et pour un enfant, c’est surtout le rapport aux parents. On veut qu’ils restent, malgré tout, nos parents. Qu’est-ce qu’ils ont bien pu faire ? A quoi ont-ils pu échapper ? Est-ce que ce sont toujours mes parents ? Ça reste un grand secret, une ambiguïté et en même temps quelque chose que l’on peut partager qu’avec très peu de monde. Nada ne peut le partager qu’avec son frère. C’est un double trauma.

Le trauma de l’exil est donc transgénérationnel ? Cela se transmet, tel un destin familial ?

Oui car c’est un rapport à la société, un rapport au monde. Tout peut disparaître d’un coup. Tout ce que l’on a pu acquérir, les biens matériels, les diplômes, la façon d’être, le rapport de sociabilité familiale, au travail, tout peut disparaitre. On vit dans cette situation d’un effacement qui peut se produire de manière instantanée, d’un coup. Quand on quitte une terre pour aller vers un autre pays, et que l’on est une jeune enfant entre 8 et 12 ans, il y a ce sentiment que ça peut recommencer. Même si on a réussi sa vie dans le pays d’accueil, il y a une précarité émotionnelle, identitaire, mémorielle, affective. C’est le sentiment de la fragilité qui reste.

Comment s’opère le processus de réconciliation avec soi-même alors ?

On ne quitte pas le sentiment de l’exil, c’est constitutif. C’est une identité hybride, complexe mais cela ne veut pas dire pour autant que l’on récuse le national, le pays dans lequel on construit une vie désormais. Ce qui est encore difficile à accepter, c’est que le passé est passé, on ne pourra jamais le corriger. On ne peut pas le changer. Le passé s’est accompli, et pour l’accepter, il faut avoir une certaine grandeur. Tout le monde n’accepte pas ce passage…

Diriez-vous que la création artistique peut jouer ce rôle pacificateur ? Nada va faire un acte fictionnel assez inouï, elle va se reposer, et se réconcilier, sur une tombe qui n’est pas celle de son grand-père…

La guerre civile au Liban a été très longue et la plus terrible des guerres, d’une cruauté intense. La culture est extraordinaire pour ce qu’elle peut donner et raconter. Dans les sociétés qui ont beaucoup souffert et qui ont subi des traumatismes, il faut qu’elles oublient pour vivre. Elles ne peuvent pas tout le temps vivre dans la remémoration, dans le passé perpétuel. En même temps il y a un oubli pervers, un oubli organisé par les états mais ça c’est autre chose. La perversion de l’Histoire c’est lorsque ces deux oublis s’adossent et se combinent, ce sont elles qui donnent les silences, les absences et les trous. Le processus est bien plus compliqué, ils ne veulent pas en parler, pour certains c’est fini, c’est comme certains personnages dans le film, et c’est cela qui est compliqué à détricoter.

Est-ce que le rentre chez toi ! restera toujours un invariant ?

On est, j’en ai bien peur, à l’heure actuelle dans un monde où les séparations sont bien plus fortes que les passerelles, les volontés d’exclusion sont plus présentes que les volontés de comprendre l’autre.

Un enfant dans la guerre est toujours éclaboussé par les actes des adultes qui l’entourent…

Elle est prise dans une dynamique, dans une relation avec la violence. Elle est dans un rapport de groupe, et le rapport au monde extérieur. Il y a dans la violence un aspect mimétique lorsqu’on est jeune, on est pris dans un rapport et le film le décrit très bien. C’est malheureusement le cas de beaucoup de jeunes à l’heure actuel, qui sont pris placés en situation de guerre sans qu’ils le veuillent. En cela, GO HOME est terriblement moderne et contemporain

Benjamin Stora

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Né en 1950 à Constantine, Benjamin Stora est historien et président du conseil d’orientation de la Cité nationale de l’Histoire de l’Immigration. Il enseigne l’histoire du Maghreb contemporain et des guerres de décolonisation à l’université Paris-XIII et à l’Inalco (Langues Orientales, Paris). Auteur d’une trentaine d’ouvrages, il a codirigé avec Abdelwahab Meddeb l’encyclopédie sur «l’Histoire des relations entre juifs et musulmans» (Albin Michel, 2013). Ses derniers ouvrages, parus en octobre 2016 : Une histoire dessinée de la Guerre d’Algérie avec Sébastien Vassant ( BD au Seuil) C’était hier en Algérie (un récit en images aux éditions Larousse) et La guerre vue par les Algériens avec Renaud de Rochebrune (chez Folio Gallimard)

https://benjaminstora.univ-paris13.fr/

GO HOME  https://www.youtube.com/watch?v=B1CP2xXQk7Y

L’Algérie au cœur du monde libre

 « Les musulmans vont en pèlerinage à La Mecque, les chrétiens au Vatican et les mouvements de libération nationale à Alger ».  Amilcar Cabral, héros de la lutte pour l’indépendance bissau-guinéenne en 1968

Alors que des slogans d’une rare violence racistes ont fleuri cet été 2017 sur les réseaux sociaux algériens, des propos haineux à l’encontre des femmes et des hommes d’Afrique sub-saharienne, découvrir ce film nous fait prendre la mesure des profonds bouleversements qui traversent une grande partie des pays du Maghreb, et notamment l’Algérie. Comment en effet pouvoir imaginer qu’il y a 40 ans l’Algérie était la terre d’accueil de tous les damnées de la terre, à commencer par les Noirs africains, aujourd’hui humiliés, violentés  rejetés ?

Ce documentaire, réalisé par Mohammed Ben Slama et co-écrit avec Amirouche Laïdi, a été diffusé sur Arte le 16 mai 2017. Il revient, en détail, sur le rôle joué par l’Algérie au lendemain de son indépendance dans l’accueil des mouvements et des figures anticolonialistes et révolutionnaires du monde entier. Alternant des prises de vue sur Alger aujourd’hui et des archives en couleur et en noir blanc de l’époque, le film restitue l’âge d’or de la diplomatie algérienne. Et c’est bien dans cette soudure du temps présent au passé vibrant d’humanisme politique que le décalage s’instaure, un décalage éminemment poignant car nous connaissons tous la tragédie qui suivra fin des années 80, avec l’horreur d’une guerre civile qui a laissé des traces durables.

Le film semble vouloir faire acte de transmission d’un temps oublié par le public, voire inconnu par les algériens eux-mêmes : « Nous voulions saisir les étapes marquantes qui ont su redéfinir profondément l’équilibre mondial. En produisant le documentaire, nous mettons en lumière un épisode déterminant de l’histoire internationale et pourtant méconnu du grand public », déclare Yannis Chebbi le producteur.

Or la ville, encore fugitivement, porte les traces de cette extraordinaire histoire : Boulevard Che Guevara, Rue Patrice Lumumba, Avenue Nelson Mandela… les artères d’Alger accueillent toujours le souvenir des luttes anticolonialistes que la nation algérienne a hébergé.

Construit selon un fil chronologique qui débute à la déclaration d’indépendance de l’Algérie en 19262, jusqu’au choc pétrolier et ses répercussions sur le plan international en 1974, le film nous offre l’occasion de réaliser combien la mondialisation relevait non pas d’un projet uniquement axé sur la libre circulation des biens de consommation, mais d’un immense projet politique subversif, entre panarabisme révolutionnaire et politique anticapitalisme ; le capitalisme étant le nœud gordien de l’esclavage et  du colonialisme, à rompre définitivement.

Alger devient LA terre d’accueil des militantes et militants du monde entier qui luttent contre les dictatures, l’oppression raciale et coloniale. Pas un continent n’est oublié, pas une lutte écartée, le monde entier semble avoir trouvé en l’Algérie l’espace de liberté que leur propre pays n’offrait plus, de l’Afrique du Sud au Brésil, de la Guinée au Vietnam, de Cuba au Cap-Vert, et même l’Amérique du nord avec les Black Panters et notamment son chef Eldridge Cleaver. L’Algérie est un pays du groupe des non-alignés, il devient le point de passage obligé de tous les damnés de la terre,  Angela Davis et Leroy Eldridge Cleaver, le Che, Nelson Mandela, parmi d’autres.  De l’ANC (Afrique du Sud), du Frelimo (Mozambique), la SWAPO (Namibie, en passant par l’OLP (Palestine) et d’autres mouvements d’indépendance.

Les nombreuses archives nous révèlent le quotidien de ces réfugiés politiques, tous hébergés et soutenus financièrement par l’état algérien. C’est dans cette réalité de la vie militante que le film impressionne tant, tout semble se créer sous nos yeux, quelque chose est en train de se réaliser, un utopie en action. Alger devient tout à la fois une boîte postale internationale, des espaces de co-working, une logistique, des centre de formation et surtout le porte-drapeau des luttes révolutionnaires de tous les pays qui aspirent à la liberté et à l’autonomie.

Il y a un effet saisissant de fiction lorsque l’on voit marcher dans les rues d’Alger Eldridge Cleaver, chef de file des Black Panters. Un dialogue se noue avec les jeunes algériens qui tentent de comprendre comment un noir américain peut se battre dans son propre pays, la réponse lapidaire reflète la tension made in usa : « guns », les armes.

Pour rappel, entre 1962 et 1974, le pays fut d’abord dirigé par Ahmed Ben Bella puis Houari Boumediene après un putsch militaire en 1965. Un trouble s’opère pour tout spectateur qui connait l’Histoire, nous traquons à l’image ce qui pourrait déjà indiquer le futur à venir, ce passé que nous avons traversé, le déclin moral de cette Algérie si ouverte à la modernité…Un dédoublement lorsque nous retrouvons les hommes qui, encore maintenant, sont maintenus au pouvoir, tel Abdellatif Bouteflika fin stratège au niveau international, où Chadli, muet et facilement reconnaissable. Les spectres du futur sont présents, et le film ne cesse de nous offrir ce trouble temporel, où tout est signe, même lorsqu’ils sont incongrus comme par exemple l’association de résistance bretonne qui trouve refuge à Alger.

E 1990, près de trente ans après s’être entraîné avec les indépendantistes algériens, Nelson Mandela revient à Alger pour rendre hommage à ce pays africain en déclarant : « L’Algérie est mon pays. » C’est aussi semble-t-il le projet des auteurs de nous rappeler combien ce pays fut « notre pays » et peut-être, peut-être retrouver cet élan universel des droits de l’Homme.

Le film

Du début des années 1960 au milieu des années 1970, l’Algérie indépendante apporte un soutien important aux mouvements anticoloniaux et aux révolutionnaires du monde entier. Les Présidents successifs, Ahmed Ben Bella puis Houari Boumédiène, font d’Alger une terre d’accueil de militants en lutte contre l’oppression coloniale ou raciale. Alger la Blanche devient Alger la Rouge. L’internationaliste Che Guevara y établit la base arrière pour ses activités de guerilla en Afrique. Le leader afro-américain Eldridge Cleaver en fait le centre de rayonnement international du Black Panther Party. Alger est appelée, durant cette période, La Mecque des Révolutionnaires.

Réalisateur : Ben Salama – Auteur : Amirouche Laïdi – Image : Jean-Luc Andre – Montage : Thomas Marie

Production / Diffusion : Électron libre Productions, Version originale –  avec ARTE France, CNC – PRIX 2017 Festival de la Méditerranée en images – Marseille – Sélection Mémoire de la Méditerranée

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FESTIVAL IMAGES DE LA DIVERSITÉ ET DE L’ÉGALITÉ

les-migrants-ne-savent-pasLa solidarité n’a pas de nationalité. Si vous venez toquer à ma porte car il vous manque du lait, je vais essayer de vous dépanner. Si l’état représentait la bonté et le meilleur que nous avons, plutôt que de défendre les intérêts d’une seule classe, cela se passerait bien. Ken Loach, Moi, Daniel Blake, Palme d’Or Cannes 2016

Pour sa sixième édition, le FIDEL inaugure un nouveau partenariat avec Etoile Lilas, un complexe de salles art et essai situé au carrefour des territoires, Paris et ses banlieues. Cette géographie culturelle, qui s’engage dans la mixité, nous tient particulièrement à cœur, tant la circulation des citoyens comme des idées constituent notre vivre ensemble.

Le combat des femmes demeure toujours d’actualité, et depuis sa création le FIDEL propose des films de réalisatrices du monde entier, avec le soutien d’associations engagées. Avec Femmes Solidaires, nous avons privilégié pour cette édition de vous présenter des films qui tous témoignent d’un engagement et d’une réussite. Du Yémen au Kurdistan, de la France de Calais à la France des cités, avec Houda Benyamina (Divines) Zayne Akyol (Gulistan, terre des roses) Khadija Al Salami (Moi, Nojoom, 10 ans, divorcée) Fabianny Deschamp (Isola) entre autre, elles sont farouches, indépendantes, dignes, courageuses, puissantes. Ce sont des d’héroïnes de notre temps, elles incarnent chacune un idéal de liberté et d’émancipation.

Depuis ses débuts, le FIDEL a programmé des films qui donnaient un visage, un corps, une parole, une histoire à ces citoyens que l’on a assigné à être des migrants. Migration, exil, émigration, territoire, frontière, autant de lignes rouges qui structurent l’engagement du Fidel. Comment agir face à l’immense catastrophe humanitaire à laquelle nous assistons depuis quelques années ? Des cinéastes  s’engagent avec leurs caméras, auprès de ces enfants, de ces femmes et de ces hommes littéralement chassés de leurs pays par les terribles violences qui y font rage.  Avec Yolande Moreau Nulle part, en France  et Jean Paul Mari Les migrants ne savent pas nager , c’est un cinéma direct, un cinéma témoin, un cinéma militant et humaniste qui interpelle nos pouvoirs publics. Autant de récits, de témoignages et d’actions que nous vous invitons tous à venir partager avec nous afin de : ne pas fermer les yeux, voir et entendre, comprendre et  s’engager ensemble.

Nous vous offrons pour clôturer cette sixième édition un film poignant, profondément ancré dans la réalité de l’ensemble des travailleurs. Portée par Isabelle Adjani, intensément émouvante et lucide, Carole Matthieu de Louis Julien Petit œuvre à l’engagement de chacun dans une prise de conscience, ô combien nécessaire, sur les violences et harcèlement au travail.

Pour un cinéma digne, pour des regards lucides,  pour un festival engagé.

Nadia Meflah – Déléguée artistique

Quand ? du 25 au 27 novembre 2016

Quoi ? le FIDEL propose 2 thématiques

  • Réalités des Combats des Femmes &  Migrants et Réfugiés
  • 7 films dont 3 inédit + une avant-première avec Isabelle Adjani : 1 court métrage, 4 documentaires, 3 fictions
  • 2 tables rondes : Combat des Femmes &  Migrants et Réfugiés, quel avenir en France ?
  • Une exposition sur la cartographie de la migration sub-saharienne avec Souleymane Bladé
  • Un stand de livres dédiés aux thématiques du FIDEL
  • En partenariat avec Femmes Solidaires, Médiapart, Beur FM, Clara Magazine, La Cimade

Où ? Cinéma Etoile Lilas, Place du Maquis du Vercors,75020 Paris –

Métro : Lignes 3bis & ligne 11 [Porte des Lilas] Bus : Lignes 48 / 96 / 105 / 115 / 129 / 170 / 249 [Porte des Lilas]

Tramway : T3bis [Porte des Lilas] Station Vélib’ : 304 rue de Belleville , Paris 19e / 57 rue des frères Flavien ou 46 rue de Paris, Les Lilas / 241 avenue Gambetta, Paris 20e

Combien ?  6 euros pour tous

Site web Étoile Lilas :http://www.etoile-cinemas.com/lilas

Site web Le FIDEL : http://www.lefidel.com/lefidel16/

 

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DOCTEUR STRANGE

LA PASSION DU SOIN

Les super héros et moi, c’est toute une histoire. Je ne faisais pas de différence entre les héros grecs (Ulysse c’était moi!)  et spider Man, Iron Man ou surtout Daredevil ma flamme ! C’est ma passion d’enfance pour ces super héros, qui par leurs handicap relevaient du superbe, justement…

Au cinéma, ou plutôt à la télévision française du service public, je découvre le film de Richard Donner « Superman », j’avais moins de 8 ans et j’étais bluffée de voir cet Icare des temps modernes ne pas chuter, toujours à la recherche d’un père immensément absent (Marlon Brando!!!) A la même époque, je tombe en émoi absolu pour l' »Homme Invisible »,  série qui me fera précipiter dans la bibliothèque de mon école des cités pour y dévorer le roman, et j’ai encore imprimé dans ma rétine le visage du comédien, avec sa chevelure si blonde, David McCallun, il avait un vague air de ressemblance avec un méchant de cinéma que j’adorais, Richard Widmark.

Bien plus tard, cette fois-ci au cinéma il y a le « Batman » de Tim Burton, et ne serait-ce que pour le Joker et la mélancolie keatonienne du héros masqué, ce film demeure une étoile… Christopher Nolan, Ang Lee, David Cronenberg, entre autre, ont déstabilisé le genre. Il y a eu récemment « Deadpool » une fantaisie jubilatoire burlesque qui réussissait le tour de force à nous faire aimer tout ce que l’on ne cherche pas chez un super héros…

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Mais depuis quelques années, je subis une déferlante déception des adaptations cinématographiques, avec l’horreur des Avengers et Iron Man qui s’enfonce dans une bouillie visuelle….et il y a deux jours je découvre « Docteur Strange » de Scott Derrickson, avec l’envie de le revoir encore une fois, afin de vérifier à quel point ce film est une merveille, où le coeur est au centre, où l’effet spécial du cinéma fonctionne, charnel et incarné, spirituel et farceur, ludique et pathétique.  Et mon dieu quel charme !

Cela ne date pas d’hier que les hommes pleurent mais là, avec Docteur Strange, c’est plus qu’une question de fierté mal placée, il s’agit de compassion et de renoncement, ne pas vouloir tuer, refuser ce qui nous est tant et tant asséné pour trouver une autre voie….J’espère ne pas me tromper pour la suite….

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CHOUF !

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Karim Dridi est venu nous retrouver sur les ondes de Radio Libertaire le samedi 15 octobre pour son film CHOUF

Pour réécouter en podcast l’émission c’est ici : https://dl.dropboxusercontent.com/u/13563…/cb_15_10_16_a.mp3

Karim Dridi avec CHOUF c’est un peu et même beaucoup notre Francis Ford Coppola du cinéma, avec un subtil mélange à la Ken Loach et un lyrisme digne du cinéma italien, sec et flamboyant.

La bande annonce : http://www.dailymotion.com/video/x4p2ttz

 

 

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REGARDS SUR LE CINEMA AU BLANC MESNIL

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« Regards sur le cinéma » est consacré aux rapports féconds mais non dénués d’ambivalence entre le cinéma et l’anthropologie : où comment, avec de nombreux extraits à l’appui, le documentaire réinventé par la fiction permet de critiquer l’impensé colonial de l’ethnologie tout en participant notamment à l’invention d’une branche importante de l’anthropologie culturelle : l’anthropologie visuelle.
Le goût des autres et de l’ailleurs, le cinéma l’aura cultivé dès sa naissance. Ce furent les opérateurs des frères Lumière envoyés dans le monde entier pour y ramener les images mobiles témoignant de notre diversité humaine. Robert Flaherty, avec Nanouk l’Esquimau (1922), aura quant à lui imposé la fonction documentaire du cinéma. D’autres auront suivi cet exemple fondateur, comme Jean Rouch, nous inspirant un voyage à travers le temps et l’espace, les cultures et les façons dont les gens se racontent les fictions nécessaires à leurs existences.

C’est où ? A la médiathèque Edouard Glissant, Place de la Libération, 93150, Le Blanc-Mesnil

Comment y aller ? RER B arrêt Drancy + bus 148 arrêt place de la Libération

RER B arrêt Le Blanc-Mesnil + bus 346/620 arrêt place de la Libération)

C’est quand ? Samedi 15 octobre 2016, de 16h à 18h.
Séance animée par Nadia Meflah

Lien vidéo : http://boutique.arte.tv/f151-nanouklesquimau

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Festival Images de la Diversité et de l’Égalité

5ème édition FIDEL – 20 novembre au 22 novembre 2015 – CONFLUENCES Paris 20ème

LE FIDEL : les films de la diversité et de l’égalité

La diversité est aujourd’hui au cœur du débat national, amenant à s’interroger sur les questions fondamentales que sont la citoyenneté et les valeurs républicaines ; sur les identités plurielles en perpétuelle évolution. En effet, tout ce qui relève de l’identité amène immanquablement au questionnement qui lui-même nourrit la créativité. La pluralité culturelle de la société française apparaît comme une richesse, un patrimoine commun que nous souhaitons mettre en valeur et en lumière. La considération de cette réalité est un gage incontournable du lien social. Le développement de manifestations culturelles qui rassemblent et érigent la diversité comme un vivier créatif est essentiel. La créativité agit comme le révélateur d’une société en bonne santé. Nous considérons donc qu’il est important de vivifier cette puissante énergie créative afin d’en révéler les talents et de lui offrir une tribune, une visibilité et un cadre cohérent d’expression

La mémoire et la fraternité

En présence des cinéastes et des personnalités engagées, cette cinquième édition continue son travail d’éclaireur des consciences. Il s’agit pour nous de témoigner de la richesse des actes de tout un chacun, comme des réalités trop souvent occultées par les médias. L’intolérance se nourrit de l’ignorance, la solidarité s’enracine dans l’attention à autrui, c’est notre mission de déconstruire l’une pour renforcer l’autre.

Trois jours de projections, des rencontres, deux tables rondes, des films inédits, des cinéastes et des personnalités présentes pour trois thématiques :
– Déconstruire les préjugés
– Les femmes, c’est toute une Histoire
– Temps d’exil, terre d’accueil

Les films de la sélection 2015

Les Tables Rondes du FIDEL 2015

samedi 21 novembre 17h30 – 19h : Les Femmes c’est toute une Hhistoire ! Rencontre animée par Samia Messaoudi (présdente du Fidel) en présence des réalisatrices,de l’association Femmes solidaires et de Marie Poinsot, de la revue Hommes et Migrations.

dimanche 22 novembre 17h30 – 19h : Temps d’exil, Terre d’accueil : rencontre animée par Mehdi Lallaoui, en présence des cinéastes et associations : France Terre d’Asile, CIMADE et l’OFPRA – Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides

LIEU ?
Confluences, lieu d’engagement artistique »
www.confluences.net
Adresse : 190 boulevard de Charonne 75020 PARIS.
Ligne 2 Métro Philippe Auguste ou Alexandre Dumas.
contact de réservation et d’information: 01 44 63 96 96

QUAND ?
La cinquième édition du FIDEL commence le vendredi 20 novembre dès 18h00 et se terminera le dimanche 22 novembre avec une surprise musicale dès 20H30

COMBIEN ?
TARIF : 3 €
Gratuité : jeunes & étudiants, chômeurs.

QUI ?
L’équipe du FIDEL
Samia MESSAOUDI : Présidente du FIDEL et responsable de la communication.
Mehdi LALLAOUI : Responsable associatif et délégué général du FIDEL.
Nadia MEFLAH : Déléguée artistique et programmatrice du FIDEL
Jean-françois CONSTANS : Responsable média web & production web cast du FIDEL

Bande annonce du FIDEL

http://www.lefidel.com/