THEEB un western à hauteur d’Histoire

Pour l’ouverture de sa quatrième édition ce vendredi 6 novembre à 20H00, quelle très belle surprise de retrouver sur grand écran THEEB du cinéaste jordanien Naji Abu Nowar. Primé et selectionné dans de nombreux festivals internationaux depuis près d’un an (en 2014 il reçut le prix de la mise en scène dans l’excellente sélection Orizzonti du festival de Venise) Theeb, le loup, est un film d’une puissance historique qui restitue au récit, à l’imaginaire, et à la transmission tout ce que le cinéma hollywoodien a su si bien effacer, ou du moins mis hors champ.

Là où le cinéaste s’impose, c’est dans sa profonde connaissance des codes du cinéma de genre, où du western au récit initiatique, il rejoint en cela le cinéma de John Ford qui sans cesse revenait sur l’idée de la communauté enlacée dans les affres de la passion, dans cette terre aride, immense, sauvage, libertaire et imprenable qu’était cette Amérique.

Un enfant perd un monde sous ses yeux avec, ajouté à cela, l’imposition du meurtre comme nécessaire renaissance à ce nouveau monde qui arrive, triomphal, un monde qui retrace des nouvelles frontières et organise la colonisation par la souveraine modernité industrielle.

Limpide, implacable, filmé dans des décors qui vibrent autant l’univers que l’infini, tel un écrin symbolique et constant, ce qui meut ce récit du renversement relève de la lucidité comme de l’engagement. L’enfant, ce loup, nous déchire dans sa dimension tragique, dans cette plaie saignante qui le constituera désormais.

Le cinéaste fait le même acte que l’écrivain algérien Kamel Daoud avec son livre  « Meursault, contre-enquête », à savoir un renversement et réappropriation d’un état du monde qui fut profondément colonisé jusque dans ses représentations.

Plus qu’un hommage à l’univers fantasmé, romancé d’un désert arabisant vampirisé par Laurence d’Arabie, c’est à une véritable déflagration que nous sommes conviés. Si l’orientalisme orienta si profondément l’occident et ses avatars, le temps est venu pour certains artistes de cet orient là d’affirmer d’autres possibilités de mise en scène, d’autres profondeurs de champ, plus réalistes, plus âpres, incontestablement novatrices et irréductibles. Avec une lucidité tragique.

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Le film :

 Le jeune Theeb vit avec son grand frère Hussein dans un campement de Bédouins en plein désert. Lorsque son frère sera chargé de guider un officier britannique vers un vieux puits abandonné, Theeb voudra les suivre. Ce sera le début d’une aventure qui changera Theeb à tout jamais. Tourné sur place, avec une équipe restreinte et les Bédouins comme acteurs, Theeb a tous les ingrédients d’un film d’aventure: suspens, action, émotion.

1916, au loin la guerre fait rage, mais les échos n’en atteignent pas cette partie du monde, la province ottomane de Hijaz. Leur père mort, Hussein a pris en charge l’éducation de son petit frère Theeb à qui il apprend à survivre dans cette contrée ingrate. Une nuit, surgissent un officier britannique et son guide bédouin. Ils sont à la recherche d’un vieux puits abandonné. Hussein est désigné par les anciens pour les mener à destination. Theeb est fasciné par cet homme blond en uniforme et décide de les suivre. Repéré la première nuit, il intégrera la petite troupe car le Britannique et le Bédouin refusent qu’Hussein le ramène au campement pour ne pas perdre de temps. Les craintes d’Hussein se révèlent pourtant fondées, ces contrées désertiques sont des repères de brigands que le petit groupe ne va pas tarder à rencontrer. Et ce sera une lutte sans merci dont Theeb sera le seul à sortir à indemne. Comment va-t-il alors pouvoir retrouver une zone plus hospitalière?

 

Festival Franco-Arabe, 4ème édition – 6 au 17 novembre – Le Trianon à Romainville – Noisy le Sec.

http://www.cinematrianon.fr/index.php/evenements-et-festivals/festival-du-film-franco-arabe

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